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Le surentraînement. Dr Hervé Auquier, Médecin du sport
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Le surentraînement ou overtraining syndrome des anglo-saxons est une cause assez fréquente de diminution de performance sportive. Il est généralement diagnostiqué tardivement tant son installation est lente et progressive et ses symptômes pouvant être confondus avec d’autres pathologies (fatigue, douleurs musculaires, perte d’appétit, troubles du sommeil,etc..). Si tous ces signes sont fréquemment rencontrés après des entraînements lourds ou de longues compétitions, ils doivent disparaître après quelques jours d’entraînement plus léger ou de repos. Dans le cas contraire, on peut parler de syndrome de surentraînement.
Le surentraînement pourrait donc être défini comme une perte progressive des performances malgré deux semaines de repos ou d’entraînement très léger, et ceci avec ou sans le cortège de symptômes que nous allons décrire plus loin.
Le syndrome peut toucher tous les sports, qu'il s'agisse d'endurance, de force ou d'explosivité. On considère que 60 % des coureurs de fond professionnels sont, au moins une fois dans leur carrière, touchés par le surentraînement. 50% des joueurs de football rencontrent le syndrome une fois dans leur carrière.
"La performance est la différence entre le niveau de condition physique et le niveau de fatigue" (Hugh Morton). Jusqu'à un certain point, il existe une relation directe entre la charge d'entraînement et l'augmentation de la performance. Cette relation n'est pas linéaire. En effet, chez un athlète non entraîné, une faible charge de travail va apporter une forte augmentation de performance. Au contraire, chez un athlète très entraîné, il faudra une lourde charge de travail pour un faible gain de performance. C'est à ce niveau que le risque de surentraînement est grand. Chaque période d'entraînement lourd est suivie d'une brève période de fatigue, puis d'une phase de performance plus élevée, c'est ce que l'on appelle surcompensation. Si une phase de repos n'est pas observée après un entraînement lourd, la phase de surcompensation ne sera pas atteinte. Au contraire, le niveau de performance baissera, c'est le surentraînement. La réacton que l'on rencontre souvent à ce moment, face à cette baisse de performance, est une augmentation de la charge d'entraînement et une limitation des phases de repos. "Mes performances baissent, c'est que mon entraînement est trop léger, donc j'augmente la charge ! " C'est alors que s'installe le cercle vicieux du surentraînement. |
Les causes du surentraînement. tab.1
• Mauvaise programmation de l'entraînement :
- Charge de travail excessive en rapport avec phases de repos insuffisantes ou inexistantes. - Augmentation trop rapide du volume ou de l'intensité des entraînements. - Entraînements répétés trop uniformes, trop routiniers.
• Mauvaise programmation des compétitions. Compétitions de haut niveau trop rapprochées.
• Conditions psycho-sociales défavorables : stress familial, au travail,etc.
• Conditions d'entraînement défavorables : froid, grosses challeurs, taux d'humidité élevé, altitude,...
• Alimentation inappropriée : déficit en calories, troubles alimentaires de type anorexie,etc.
• Entraînements lors d'une affection médicale (rhume, grippe,...).
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Le symptôme majeur de surentraînement est la fatigue. Si celle-ci est naturelle après une session d'entraînement lourde, elle doit en principe disparaître après quelques jours de repos ou d'entraînement très léger. L'athlète doit ressentir un meilleur état de forme physique rapidement. Comme nous l'avons dit plus haut, on suspectera un surentraînement si cette fatigue persiste plus de deux semaines. On pourra lire dans le tableau 2 les différentes causes de fatigues chez un sportif de haut niveau.
Parmi les autres signes physiques, outre la fatigue, on rencontrera des douleurs musculaires et articulaires durables, une perte d'appétit, une augmentation de la fréquence des pathologies de surcharge (fractures de fatigue, tendinites,...), des infections virales plus fréquentes (rhume, grippe,..)
Certains signes de surentraînements seront ressentis à l'entraînement : Difficulté à réaliser des exercices habituels, fatigue précoce pendant l'entraînement, augmentation rapide de la fréquence cardiaque à l'effort, perte de la force et de la coordination motrice, perte de la vitesse d'exécution,etc.
Enfin, une série de signes généraux devront attirer l'attention : troubles du sommeil, humeur changeante, irritabilité, angoisses, peur de la compétition, perte de motivation et de confiance en soi.
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Causes de fatigue chez le sportif. tab.2
Fréquentes : Syndrome de surentraînement.
Allergies.
Asthme d’effort.
Mononucléose infectieuse.
Carence en fer.
Déficit de sommeil.
Stress psychosocial.
Dépression
Infections respiratoires hautes.
Moins fréquentes : Déshydratation.
Diabète.
Hépatites A,B ou C.
Troubles alimentaires. (Anorexies,…)
Erreurs nutritionnelles.
Hypothyroïdie.
Infections respiratoires basses.
Grossesse.
Effets secondaires médicamenteux (Antidépresseurs, béta-bloquants,
antihistaminiques, anxiolytiques,…).
Abus drogues (Cannabis,…).
Rares : Troubles glandes surrénales (Cushing ou Addisson).
Maladies cardiaques congénitales ou acquises :
Arythmies.
Endocardite.
Décompensation cardiaque.
Angor.
Cardiopathie hypertrophique.
Myocardite, péricardite.
HIV.
Syndromes de malabsorption intestinale.
Maladies pulmonaires chroniques (BPCO,…).
Maladie de Lyme.
Malaria, syphillis.
Maladies rénales.
Maladies neuro-musculaires.
Tumeurs.
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Le diagnostic de surentraînement est un diagnostic d'exclusion. C'est après avoir exclu les autres causes de fatigue chez un sportif que l'on pourra conclure à un surentraînement.
L'examen clinique apportera peu d'éléments probants. On retrouvera une fréquence cardiaque de repos plus élevée que d'habitude. Une hypotension orthostatique (chute rapide de la tension artérielle en passant de la position couchée à la position debout), une diminution du poids essentiellement due à une diminution de la masse grasse. Ces signes ne sont pas typiques du surentrainement et peuvent être rencontrés dans baucoup de situations pathologiques.
La prise de sang n'apportera pas beaucoup plus d'élément. Il n'existe pas de marqueur biologique au surentraînement. Hoogeveen a montré en 1996 que le niveau de cortisol et de testostérone n'est pas corrélé à performance chez des cyclistes professionnels. Urhaussen n'a pas trouvé non plus de corrélation entre le rapport testostérone/cortisol (T/C) et le surentraînement.
Les épreuves de laboratoires ne permettent pas non plus de dépister rapidement le surentraînement. Edelin a montré qu'une augmentation de la fréquence cardiaque de repos n'est pas toujours observée chez des athlètes en phase de surentraînement. Une chute de la VO²max n'apparaîtra que tardivement.
Pour reprendre la conclusion de Shepard, "le surentraînement reste plus facilement détecté par une baisse de la performance sportive et des altérations de l'humeur que par des changements des fonctions immunitaires et physiologiques".
Le tableau 3, ci-dessous, permettra à chaque athlète de dépister un éventuel surentraînement. Il s'agit d'échelles subjectives permettant de caractériser différentes sensations (fatigue, douleurs musculaires, qualité du sommeil,etc.). Pour chaque symptôme une cotation de 1 à 10 est demandée (1 = signe absent, 10 = signe très marqué). Lorsque le score total augmente significativement, une période de repos s'impose.
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| Signes (1 = absent, 10 = très marqué) |
Lundi |
Mardi |
Mercredi |
Jeudi |
Vendredi |
Samedi |
Dimanche |
| • Fatigue (1 = aucune, 10 = épuisement) |
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| • Douleurs musculaires (1 = aucune, 10 = très marquées) |
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| • Qualité du sommeil (1 = excellent, 10 = perte du sommeil) |
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| • Stress au sport (1 = aucun, 10 = stress extrême) |
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| • Stress quotidien (1 = aucun, 10 = stress extrême) |
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| • Humeur (1 = excellente, 10 = dépressive, agressivité) |
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| Total quotidien |
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| • Intensité de l'entraînement |
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| • Volume de l'entraînement |
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| • type d'entraînement |
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Le traitement du surentraînement est basé sur le repos avant toute chose. Beaucoup d'athlètes pensent que le repos prolongé risque de leur faire perdre les acquis. Ce qui est totalement faux. Koutedakis a montré que chez des athlètes olympiques en surentraînement on observait, après 3 à 5 semaines de repos complet une amélioration de la VO²max, du seuil lactate ainsi qu'une reprise du poids de forme.
Ceci dit, le repos ne doit pas être total, un entraînement très léger pourra être proposé. Il consistera en entraînement en endurance de 5 à 20 minutes par jours en respectant une fréquence cardiaque maximale de 140/minute. Cet entraînement se fera de préférence dans une autre activité que le sport habituellement pratiqué. Ainsi un nageur fera du vélo, un coureur à pied préférera la natation. Ceci afin d'éviter toute tentative de se comparer à ses performances passées.
Le retour aux entraînements et à la compétition ne pourra être autorisé qu'à la disparition totale de tous les signes cliniques (voir tableau 3 d'évaluation personnelle).
La prévention reste la meilleure façon d'éviter le surentraînement. il est donc fondamental de planifier son entraînement sur toute la saison, voire sur quatre ans pour les athlètes olympiques. Seul le respect scrupuleux des cycles (macro cycles et micro cycles) d'entraînements évitera l'écueil du surentraînement. |
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