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 Cas n° 31.
  Cas présenté par Christel LEFEBVRE, kinésithérapeute (chaînes musculaires) 1200 Bruxelles et Vincent MARMOUSEZ,
    podologue 1200 Bruxelles
 

LES RISQUES DE LOMBALGIE CHEZ LE JEUNE HOCKEYEUR.

 

Le hockey sur gazon garde encore une très mauvaise réputation en ce qui concerne les problèmes de dos qu’il est susceptible d’entraîner.

En effet une analyse rapide de la biomécanique de ce sport souligne l’importance des contraintes auxquelles le dos est soumis lors de sa pratique.

Le hockeyeur doit schématiquement conduire une balle à l’aide d’un stick jusque dans le but adverse ! Pour se faire il combinera dribble, passe et shoot tout en contrant les attaques de ses adversaires.

Si les phases de courses sollicitent moins le rachis, toute possession de balle se traduit par la nécessité de fléchir ou le tronc ou les hanches souvent les deux et ce de manière symétrique ou pas. Les frappes que ce soit pour une passe ou un shoot s’organisent autour d’un  mouvement de torsion de la partie supérieure de la colonne et des épaules, la colonne lombaire étant généralement verrouillée afin d’assurer la stabilité du bassin et donc la précision du geste.

L’utilisation de l’hyper extension lombaire permet d’augmenter la puissance du tir !

Si la durée moyenne de la position courbée sur un match n’est selon certaines études que de 3 minutes, ce sont surtout ces torsions répétées sur l’axe du rachis ainsi que l’alternance flexion extension qui sont susceptibles d’amener une surcharge discale principalement au niveau lombaire.

Alors que chez un adulte bien entraîné la musculature protégera efficacement le rachis, chez un jeune la croissance crée un risque supplémentaire. Une scoliose peut se développer profitant d’un déséquilibre de longueur musculaire et de la plus grande déformabilité tissulaire et osseuse.

De plus les muscles n’ayant pas acquis leur pleine puissance le volume d’entraînement pourra vite transformer une légère surcharge en lésion chronique qui poursuivra le jeune dans toute sa carrière sportive.







 












Nous souhaitons aujourd’hui vous montrer l’intérêt double d’une bonne prévention dans l’approche du sportif de haut niveau et la nécessité d’une bonne collaboration inter disciplinaire dans le milieu médical sportif.

 

Les deux clés sur lesquelles nous basons notre approche et notre traitement préventif sont

1. une base stable    

2. une souplesse tissulaire, articulaire et musculaire pour une liberté optimale de mouvement.

Voici en quoi cela consiste…


 

Gaëtan P, 14 ans s’est présenté chez nous pour un avis podologique.  Ce jeune pratique le hockey 7 heures par semaine plus les matchs, les stages et les sélections nationales.

Lors de l’examen le podologue a constaté un trouble statique de la colonne. L’attitude scoliotique a été confirmée par notre médecin du sport et un bilan en chaîne musculaire a été effectué. Voici les différentes analyses effectuées par chacun et les choix thérapeutiques mis en place en équipe.


 

ANALYSE SELON LA METHODE DES CHAINES MUSCULAIRES

 

La méthode des chaînes musculaires est une méthode basée sur une analyse globale de la personne. Cette analyse reprend l’anamnèse du patient c'est-à-dire un rappel de ses antécédents médicaux, traumatiques et chirurgicaux notamment ; un bilan statique et un bilan dynamique.

L’objectif de ces deux derniers bilans est de mettre en évidence les zones de blocage du corps, blocages susceptibles de générer des lésions ; en effet un étage bloqué ou en perte de mobilité entraînera une surcharge de mouvement sur les étages sus et sous jacents.

Ces blocages peuvent être articulaires mais aussi musculaires (spasmes ou muscles courts) ou tissulaires (une cicatrice par exemple peut constituer un frein au mouvement).

Appliquée chez notre hockeyeur cette analyse nous donne les résultats suivants :

 

 

Gaëtan P, 14 ans, pratiquant le hockey  minimum 7 heures par semaine, droitier.

A souffert de tendinites achilléennes bilatérales il y a 2 ans, traitées via correction plantaire.

Antécédent de fracture de la cheville droite il y a 1 an.

Parfois souffre de la hanche gauche.

Porte des lunettes.




















 





L’analyse statique (voir photos) c'est-à-dire l’observation de sa position debout bras le long du corps dans les 3 profils souligne principalement un parallélisme des lignes épaules bassin avec abaissement notable de l’épaule droite. Translation de la tête vers la droite et enroulement de l’épaule droite toujours vers l’avant.  

 

L’analyse dynamique, c'est-à-dire l’analyse du mouvement des différents segments tronc, membres supérieurs et membres inférieurs, montre une surprogrammation des carrés des lombes et surtout le droit ; de la chaîne de flexion du tronc ( intercostaux moyens, grands droits, triangulaire du sternum, petit et grand pectoral) ; de la chaîne croisée antérieure gauche du tronc(grand pectoral Dr, grand rond Dr, rhomboïde Dr, grand dentelé Dr, intercostaux externes Dr internes G, grand oblique Dr et petit oblique G) ; ainsi que des chaînes croisées postérieures droite et gauche mais surtout dans leur portion inférieure (les carrés des lombes, le faisceau ilio lombaire de l’erector spinae, les petits dentelés postéro inférieurs gauche et droit et les intercostaux).

Pour les membres inférieurs on constate surtout des quadriceps un peu courts et un spasme du psoas gauche.

Le membre supérieur droit dépend directement des surprogrammations observées sur le tronc.

 

 

EXPLICATIONS

 

Sur base de ces observations on va pouvoir déterminer les orientations à donner à notre traitement. Il s’agit ici surtout d’une démarche préventive puisque jusqu’à aujourd’hui notre patient ne présente aucune plainte si ce n’est cette sensibilité de la hanche.

Gaëtan se voit donc proposer un programme d’étirement spécifique reprenant la chaîne croisée antérieure G du tronc, la chaîne de flexion du tronc, les chaînes croisées G et Dr postérieures du tronc partie basse, le psoas G ainsi que les quadriceps, ischios et soléaires à titre préventif.

 

Ce programme peut paraître simpliste.

 Là où l’analyse en chaînes musculaires prend tout son sens c’est qu’en reprenant d’une part les caractéristiques liées au sport pratiqué et d’autre part la symptomatologie statique et dynamique de Gaétan on observe une correspondance presque parfaite.

 

Ainsi sa seule plainte initiale est cette légère sensibilité de la hanche gauche. L’analyse en chaîne musculaire nous a montré la structure incriminée : spasme du psoas iliaque. Le parallélisme avec son sport nous donne l’explication par cette position préférentielle de flexion sur la hanche gauche que pourra prendre le droitier pour frapper ou armer une frappe.

 

Autre exemple on constate à l’examen un verrouillage des chaînes croisées postérieures dans la partie inférieure du tronc mais pas la partie supérieure. Là encore c’est le hockey qui nous donne la réponse pour développer un maximum de force lors d’une frappe le sportif devra pouvoir bloquer son bassin et délier la torsion supérieure du tronc.

Un droitier pourrait même être amener à surprogrammer sa chaîne croisée postérieure droite au risque d’entraîner une torsion permanente de la colonne dorsale et chez l’adolescent un risque de scoliose. Ce n’est pas le cas Gaëtan.

 

Par contre on a une surprogrammation de la chaîne croisée antérieure gauche qui entraîne cet abaissement et cet enroulement conjoint de l’épaule droite et là aussi la combinaison de cette torsion avec l’enroulement du tronc peut générer une attitude scoliotique pouvant se fixer en scoliose avec la croissance. Ces deux mécanismes, flexion du tronc d’une part et torsion antérieure, sont liés à la pratique du hockey d’où la nécessité de compenser cette programmation excessive nécessaire à la performance sportive par des séances régulières d’assouplissements orientés.




























EXAMEN PODOLOGIQUE


L'examen podologique révèle un type de pied normal, présentant une instabilité talo-crurale, un affaissement médiotarsien (g>d, avec 15° de varus à gauche et 10° à droite). On note une passivité des premiers rayons à la propulsion.





























Empreintes après traitement kiné et podologique (à 2 mois)

Empreintes avant traitement kiné et podologique










CONCLUSIONS


Le corps est une machine complexe. Soumis à de nombreuses sollicitations il est capable d’une grande adaptabilité. Lorsqu’il ne peut plus s’adapter il lui faudra compenser mais s’il ne peut plus compenser alors apparaît la lésion.

Mais le corps, dit on habituellement, ne ment pas. Tout le challenge consiste alors à mettre l’œil au bon endroit.

Chaque spécialité porte un regard différent, le médecin, le podologue, le chaîniste … et c’est la complémentarité de ces approches qui enrichit notre analyse et les solutions que nous pouvons apporter à notre patient.

Ici deux influences se combinaient ; une venant du bas traitée en podologie et l’autre liée au sport traitée via la méthode des chaînes musculaires.






 

 
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