Traitement.
Pour rappel, le patient est un jeune garçon sportif de 13 ans, pratiquant du hockey 3x/semaine. Il présente une maladie
d’Osgood-Schlatter bilatéralement, D > G, diagnostiqué par le médecin en septembre 2003. Une première directive de
traitement était le repos et un plâtre cruro-jambier à droite pendant 2 sem. L’évolution est favorable mais, si la douleur a
considérablement diminué, elle est néanmoins toujours présente. Toujours pas de reprise sportive à l’heure actuelle
envisagée.
A l’issue de l’examen clinique, nous avons noté les observations suivantes :
- La colonne vertébrale est déformée en scoliose non encore fixée, et donc il est important de contrôler son évolution lors
des prochaines consultations. Associé à cela, il y a une bascule du bassin à gauche et une RCSP plus éversée à gauche
qu’à droite. Il y donc une ILMI combinée à contrôler aussi (celle-ci est non pathologique pour l’instant et due à la
croissance du patient).
- On note une rotation interne et externe trop importante au niveau de la hanche, des genoux valgum avec une rotation
interne importante du segment jambier. Il y a une hypermobilité de la sous-talaire mais conservant le rapport 1/3 – 2/3, un
rapport avant-pied / arrière-pied qui est trop important (G>D), une RCSP trop éversée (G>D), un premier rayon hypermobile
en dorsiflexion et hypomobile en plantiflexion. Tous ces paramètres, et surtout que l’importante raideur musculaire des
quadriceps et des ischio-jambiers, sont responsables de compensations importantes en statique, confirmées par l’analyse
podométrique par un excès de charge sur les talons, et lors de la dynamique, entraînant une marche en intoeing, avec un
contact du talon au sol nul, une hyperpronation et une pronation tardive.
Les insertions distales du ligament patellaire sont donc fortement mises à contribution, et comme le patient est en pleine
poussée de croissance, ce sont les noyaux d’ossification qui trinquent. Le côté droit étant plus atteint, le patient se reporte
sur le côté gauche, légèrement, engendrant de ce fait des constatations et des mesures biomécaniques plus anormales
encore du coté gauche.
S’agissant d’un surmenage intrinsèque biomécanique, nous lui avons proposé de continuer ses séances de kinésithérapie
pour étirer ses chaînes musculaires antérieure (surtout) et postérieure. Nous lui avons aussi proposé de lui confectionner
une paire de semelles fonctionnelles qui auront pour but de redonner la fonction physiologique aux pieds et de rééquilibrer
la balance musculaire, tout en remettant les calcanéums et les segments jambiers dans une meilleure position
physiologique, afin de soulager le travail musculaire excessif engendré sur les insertions distales des ligaments patellaires.
Le patient étant un jeune garçon sportif de 13 ans et pesant 47 kg, nous opterons pour une semelle semi-rigide en tri-densité
avec une combinaison de correction.
- Les matériaux utilisés :
L’arrière-pied et le médio-pied seront réalisés en matériau de densité très élevée (Ethyl Vinyl Acétate 60° shore) de façon à
contrôler les mouvements du calcanéum. Il est important d’avoir un bon contrôle de l’arrière-pied car c’est à partir de lui
que va s’opérer la correction: un mouvement bien corrigé lors de l’attaque talon va ensuite guider le reste du pied lors des
phases suivantes de la marche.
L’avant-pied sera réalisé en matériau souple (EVA 45°shore) pour laisser libre les MTP lors de la propulsion.
On placera de la résine épaisse (1.9mm) sous l’arrière-pied jusque sous les têtes métatarsiennes et de la résine fine (0.8)
uniquement sous l’arrière-pied. La résine ainsi disposée permettra de rigidifier la semelle tout en respectant les
mouvements physiologiques lors du déroulement du pas.
On placera du PPT 2 mm sous le talon pour absorber les chocs.
Le recouvrement sera de type sport-cover.
- Les corrections :
L’avant pied n’est pas corrigé mais on placera des stimulations posturologiques, barres antérieure, en arrière des TM.
L’arrière-pied est stabilisé bilatéralement
Discussion.
1. Introduction :
La maladie d’Osgood-Schlatter est une pathologie de croissance.
Les synonymes utilisés pour parler de cette pathologie sont :
- Apophysite tibiale antérieure de croissance,
- Ostéochondrite tibiale antérieure,
- Ostéonécrose aseptique de la tubérosité tibiale antérieur (TTA)
- Ostéochondrose de la TTA.
En fait, le terme d’ostéochondrose semble mieux approprié actuellement, par contre les termes d’ostéochondrite et d’apophysite semblent moins refléter la réalité car il n’y a pas de support infectieux dans cette maladie, tandis que le terme d’ostéonécrose aseptique est plus rare du fait aussi de la possibilité plus rare de rencontrer une nécrose de la TTA.
2. Définition :
La maladie d’Osgood-Schlatter est donc une ostéochondrose de croissance, càd une pathologie touchant l’os et son cartilage de croissance.
C’est une pathologie douloureuse et souvent bénigne, spécifique du jeune garçon sportif entre 10 et 15 ans.
Les ostéochondroses de croissance ont essentiellement leur origine dans une dissociation entre l’augmentation des forces appliquées sur les zones d’insertion (masse corporelle et levier plus important) et le caractère pré-terminal des structures cartilagineuses.
La pratique sportive intensive en période de croissance est source de conflit. En effet, les tractions musculaires répétitives exercées sur la TTA, zone encore immature et fragile, ont pour conséquence des microtraumatismes sur cette zone, et à plus long terme une ostéochondrose et un arrachement apophysaire.
3. Rappels anatomiques :
Historadiologiquement, la TTA est caractérisée par 4 stades :
1. Stade cartilagineux : apparition in utero : début d’ossification,
2. Stade apophysaire : point d’ossification accessoire de TTA isolé des autres structures osseuses,
3. Stade épiphysaire : point d’ossification est fusionné à l’épiphyse,
4. Stade osseux : c’est l’aspect du tibia adulte après fusion du cartilage de croissance avec la métaphyse. A ce stade, il y a fusion complète et définition de l’épiphyse et de la diaphyse, ainsi que la disparition du cartilage de conjugaison.
4. Pathogénicité :
La maladie d’Osgood-Schlatter est la souffrance du noyau secondaire d’ossification de la TTA où s’insère le ligament patellaire (ou rotulien).
La TTA n’étant pas encore complètement ossifiée au tibia pendant la croissance, celle-ci se détache progressivement de son attache originelle. Ce sont des micro-traumatismes liés à des sollicitations répétées de l’appareil extenseur qui en sont responsable. En effet, lorsque les forces de traction exercées sur la TTA encore cartilagineuse sont trop importantes, celle-ci a tendance à se séparer du tibia.
De plus en plus souvent, on admet l’existence d’une petite fracture parcellaire du noyau d’ossification de la TTA. Parfois, ce petit fragment osseux va se détacher si l’activité sportive n’a pas été arrêtée totalement et s’inclure dans le ligament patellaire, provoquant de ce fait des douleurs par frottement lors de la flexion du genou, conduisant à l’exérèse chirurgicale.
Très rarement, il peut y avoir une nécrose avasculaire du noyau d’ossification de la TTA.
5. Evolution et stades :
Cette maladie comporte 3 stades reposant sur la symptomatologie.
Stade 1 :
- Douleur apparaissant après l’activité sportive,
- Douleur disparaissant dans un délai de 24h maximum.
- Aucune gène fonctionnelle pendant l’activité.
Stade 2 :
- La douleur est présente pendant et après l’activité sportive.
- La douleur disparaît dans un délai de 24h maximum.
- La douleur est gênante mais n’empêche pas la pratique.
Stade 3 :
- Douleur constante, augmentée par l’activité sportive.
- Douleur forçant l’arrêt de la pratique sportive.
- Gêne fonctionnelle totale.
Lorsque le patient consulte et est traité à temps, peu à peu les troubles s’estompent pour avoir disparus endéans les 12 à 24 mois. Lorsque l’adolescent arrive à la fin de la croissance, il sera « sauvé », aucune rechute de cette maladie ne pouvant plus apparaître.
6. Diagnostic :
6.1. Symptomatologie :
Le motif principal de la consultation est l’existence de douleurs apparues progressivement ou brutalement lors de l’effort.
Par exemple, un shoot au football, une impulsion lors d’un saut au basket, etc., vont déclencher une douleur.
6.2. Signes :
On retrouve des caractéristiques de l’inflammation :
- Douleur par lancement,
- Chaleur locale au niveau de la TTA,
- Tuméfaction au niveau de la TTA.
La pression ou percussion sur la TTA réveille une douleur exquise,
La flexion – extension contre résistance de la jambe sur la cuisse provoque une douleur.
6.3. Examens complémentaires : imagerie médicale :
L’imagerie permet de donner un diagnostic médical certain sur la maladie et sur son évolution.
- La radiologie : épaississement des tissus mous en regard de la TTA avec œdème de la peau et des tissus cellulaires sous-cutanés ; irrégularités des contours du ligament patellaire dont les limites deviennent floues.
- L’échographie : On peut observer une augmentation de la taille du noyau cartilagineux de la TTA, une fragmentation du tissu osseux, d’éventuelles calcifications intra-ligamantaires distalement. L’échographie étudiant les parties molles, elle sera donc aussi utilisée dans le diagnostique différentiel avec les autres maladies.
- La scintigraphie : Elle est toujours normale, voire légèrement positive. Elle ne sera donc utilisée que pour confirmer un diagnostic déjà établi, avec une substance radioactive utilisée comme traceur.
7. Diagnostic différentiel :
Il faut distinguer cette maladie d’autres comme :
- La maladie de Sinding–Larsen-Johansson,
- La tendinite du ligament patellaire,
- Le syndrome fémoro-patellaire,
- L’ostéochondrite disséquante du genou,
- L’avulsion et fracture de la TTA,
- La bursite.
8. Facteurs de risque :
Un déséquilibre podal (hyperpronation),
- Une rétraction musculaire lors de la croissance,
- Une activité sportive comprenant des mouvements qui sollicitent l’appareil extenseur et qui sont difficilement supportable pour la TTA non encore calcifiée (donc éviter le travail trop important du quadriceps),
- Une surcharge pondérale qui augmente le travail musculaire au quotidien.
9.Traitement conservateur :
Le maître mot pour cette maladie est le repos ! En fonction de la gravité du cas, on optera pour un repos relatif ou total, dans ce cas-là alors avec immobilisation par plâtre cruro-jambier.
1. Médicamenteux :
- Par voie orale : anti-douleur et anti-inflammatoire,
- Par voie sous-cutanée : infiltration de corticoïde
2. Kinésithérapeutique :
- Etirement,
- Chaîne musculaire
- Cryothérapie,
- Electrothérapie,
3. Podologique :
Après un examen clinique approfondi, détecter les facteurs favorisants et confection d’une paire de semelles fonctionnelles sur mesure pour mettre les segments jambiers dans une position physiologique, rétablir le timing de marche, etc.
10. Traitement chirurgical :
Dans les cas les plus violent, par exemple lors d’une impulsion, la TTA peut être arrachée. La fixation de la TTA par vis est nécessaire, comme nous le montrent ces illustrations, avant et après l’intervention.