Diagnostic.
La scoliose lombaire gauche et anomalie de la charnière lombo-sacrée est évidente.
Traitement.
Une prise en charge multidisciplinaire est proposée à notre patiente avec une visée correctrice de la déviation.
En effet, un examen podologique complet a débouché sur une semelle correctrice et un traitement kinésithérapeutique en chaînes musculaires afin de tenter un rééquilibrage musculaire au niveau dorso-lombaire, de stopper dans un premier temps la progression de la déviation et ensuite de la traiter en essayant de diminuer l’angulation.
Discussion.
La scoliose est une déformation morphologique tridimensionnelle de la colonne vertébrale avec une inclinaison des vertèbres dans le plan frontal, une rotation axiale avec les épineuses dans la concavité et un effacement de la cyphose dorsale dans le plan sagittal (vertèbres en postéroflexion).
Les scolioses sont désignées par leur convexité. Une scoliose lombaire gauche présente donc une convexité lombaire gauche.
Les vertèbres les plus inclinées sont appelées vertèbres limites tandis que la vertèbre située au milieu de la courbure et qui est la plus décalée latéralement est appelée vertèbre sommet (rotation la plus importante).
· Origine :
Les causes de la scoliose sont très variées mais nous pouvons identifier les origines principales :
§ les scolioses d’adaptation (différence des membres inférieurs, torticolis,…) ;
§ les scolioses malformatives d’origine congénitale ;
§ les scolioses neurologiques et dystrophiques ;
§ les scolioses idiopathiques (sans cause vraiment apparante) ;
§ les scolioses antalgiques ou fausses scolioses ;
§ les attitudes scoliotiques (pas de rotation des épineuses).
· Biomécanique des muscles spinaux :
Les muscles spinaux sont toujours, de par leurs positions anatomiques et leurs actions spécifiques dans les différents plans de l’espace, en rétractions asymétriques compensatoires dans une scoliose.
En effet, les spinaux sont des muscles statiques toniques pluriarticulaires s’enjambant les uns les autres.
L’équilibre latéral et en rotation de la colonne vertébrale dépend de la bonne tension réciproque des spinaux (haubannage de chaque côté de la colonne) qui, dans une scoliose, est affectée avec ansi que la fonction d’érection du rachis vertébral.
La physiopathologie des spinaux consiste en une hypertonie, une raideur et un raccourcissement.
Il faut retenir que dans une affection scoliotique le transversaire épineux est responsable de la disposition en rotation des épineuses : suite à sa rétraction d’un côté, il incline la vertèbre de ce côté et tourne l’épineuse dans la concavité.
En plus de provoquer cette rotation d’un côté, le transversaire épineux de l’autre côté par une action simultanée entraîne un pincement postérieur de l’espace intervertébral correspondant en une extension (donc un effacement de la cyphose dorsale).
Ceci dit, la scoliose met en jeu la totalité des muscles spinaux en rétraction.
Donc, le renforcement musculaire des spinaux ne fera qu’augmenter la tension générale par sa composante de tassement articulaire et aggraver la scoliose.
§ Le rôle de la ceinture pelvienne et scapulaire :
La ceinture scapulaire, les côtes et le sternum d’un côté, la ceinture pelvienne de l’autre sont des poulies de renvoi laissant à la colonne vertébrale le soin d’assurer les compensations, surtout en rotation. Elles représentent une hégémonie secondaire par leur orientation c'est-à-dire que le corps s’adapte aux déviations tout en essayant de garder l’orientation de ses deux ceintures.
§ Principes d’une rééducation en chaînes musculaires dans une scoliose :
La scoliose est sans doute une des pathologies permettant d’appréhender immédiatement la nécessité de travailler en globalité dans l’étirement. Si l’on prend une scoliose lombaire gauche et dorsale droite, la correction de la courbure dorsale seule aggrave immédiatement la lombaire et vice versa. La correction simultanée des deux courbures crée de multiples compensations (élévation et rotation du bassin, rotation interne du fémur, élévation et propulsion des épaules, inclinaison de la tête,…) Il faut donc tout corriger en même temps et ce dans un principe de globalité.
Pour se faire, il faut travailler de la manière suivante : étirer dans un premier temps les muscles qui sont en rétraction et qui dévient la vertèbre sommet, en traction axiale et en décoaptation articulaire. Par la suite, nous travaillerons sur les autres vertèbres qui ont obligatoirement compensées lors de la première correction et ce durant le temps expiratoire (là où on obtient l’allongement maximal). Nous effectuerons un contraction isométrique dans sa position allongée (en effet, si après avoir étiré passivement au-delà de son point de raideur, nous lui demandons une contraction isométrique, chaque myofibrille étire alors son propre tissu conjonctif associatif jusque dans ses fibres les plus profondes). Nous essayons par la suite de corriger la déviation et ainsi de suite en s’adaptant constamment.
· Les facteurs d’aggravation de la scoliose :
Selon les différentes littératures, il existe beaucoup de facteurs d’aggravation mais il semble que c’est durant la période pubertaire que le risque est le plus dangereux avec une angulation pouvant augmenter suivant un coefficient allant de 2 à 8.
Hormis le problème du cartilage de croissance, il faut également noter qu’un déséquilibre des haubans musculaires dorsaux maintenus par les tensions réciproques provoque également une croissance disharmonieuse.
Nous pouvons aussi y ajouter dans les facteurs d’aggravation une laxité ligamentaire, le Risser (surtout au type 1), la rotation et les causes situées à un niveau inférieur.
· La radiographie :
Voici quelques points importants pour qu’une radiographie soit bien effectuée :
§ Patient en position debout ;
§ Regard horizontal ;
§ En fin d’expiration naturelle ;
§ Pieds en V physiologique ouvert vers l’avant de 30° ;
§ Talons serrés (sauf en cas de genoux valgum) ;
§ Pour avoir l’image frontale, l’objectif doit être rigoureusement axé dans le plan antéropostérieur ;
§ De profil, les conditions générales sont les mêmes mais avec l’humérus en position verticale se superposant à la colonne vertébrale avec les mains jointes.
Il est important durant la croissance de réaliser annuellement un contrôle.
· L’angulation :
Ci-après deux schémas représentant les deux types de mesure les plus connues : selon Cobb et Ferguson.
· Le traitement en Rééducation Posturale Globale :
Sans rentrer dans les détails spécifiques du principe de la R.P.G., technique de chaînes musculaires, voici quelques schémas montrant les différentes postures utilisées lors de la rééducation.
· Le traitement orthopédique :
Nous envisageons ici le traitement par appareillage. Le gain angulaire est un des critères d’efficacité du traitement par corset et ce par amélioration de la morphostatique du patient tout en permettant un épanouissement naturel.
Chacun s’efforce à améliorer les outils en allégeant les contraintes orthopédiques.
Voici les différents types de corset :
§ L’orthèse élastique de Saint Etienne : pour les scolioses dorso-lombaires ou lombaires de faible angulation pour lesquelles la seule rééducation se révèle insuffisante ;
§ Corset Olympe : pour les scolioses thoraciques ou thoraco-lombaires de faibles amplitudes avec une qualité d’élasticité, de souplesse, d’adaptabilité et de proprioceptivité permettant une tension continue dynamique ;
§ Corset Milwaukee : pour scolioses de 20° à 45°, il est composé d’un anneau cervical et pelvien ;
§ Traitement orthopédique Lyonnais : il suit un protocole précis associant une phase plâtrée (avec plâtre Abbott-EDF : travail en élongation et plâtre jouant sur les appuis/contre-appuis et permettant une correction angulaire immédiate) d’une durée de 4 à 5 mois et d’une phase d’un corset généralement maintenu jusqu’à maturité osseuse.
§ Corset actif 3 valves : il vise à obtenir des réactions de redressement à partir d’un mouvement de translation du tronc sur le bassin. Pour les scolioses de 30° à 45°.
| Différents types de corsets (source: chups Jussieux). |
L'ablation d’un corset doit se faire d’une manière très progressive et n’est autorisée qu’après avoir franchit le stade de la maturité osseuse afin que les facteurs favorables à une récidive aient régressé. Il convient toujours d'être suivi après l’ablation du corset.